Des documents budgétaires marocains, rendus publics fin octobre, révèlent que le royaume a alloué des dizaines de milliers d’hectares de terres au Sahara Occidental occupé à des projets d’investissement.
Des données récemment publiées par le gouvernement marocain mettent en lumière l’ampleur alarmante de l’attribution de terres publiques dans l’ensemble du Sahara Occidental occupé.
Ces chiffres figurent dans des éditions successives du « Rapport sur le Foncier Public Mobilisé pour l’Investissement », annexé aux projets de loi de finances du Maroc pour 2026 et 2027, et publié par le ministère marocain de l’Économie et des Finances. Le rapport pour 2026 est consultable ici, celui pour 2027, ici.
Ces rapports montrent comment l’appareil administratif marocain morcelle les terres sahraouies au profit de projets d’investissement, consolidant ainsi sa présence illégale et attirant des entreprises nationales et étrangères. En traitant les régions de Dakhla-Oued Eddahab et de Laâyoune-Sakia El Hamra — deux entités administratives créées par le Maroc au Sahara Occidental — comme faisant partie de son territoire national, l’État marocain utilise son « domaine privé » pour allouer de vastes étendues de terres à des fins d’exploitation commerciale.
Les données consolidées pour 2024, 2025 et le premier semestre 2026 révèlent une stratégie de pillage multisectoriel, englobant des méga-concessions, des projets d’énergies renouvelables, des activités minières et le développement agro-industriel.
Les documents budgétaires n’expliquent pas sur quelle base le Maroc estime contrôler les terres qu’il alloue désormais à des fins industrielles. Les Sahraouis, propriétaires légitimes de ces terres, ne reçoivent généralement aucune compensation et vivent dans une telle crainte qu’ils n’osent pas s’exprimer. Le Sahara Occidental figure parmi les territoires les moins bien classés au monde en matière de libertés politiques.
Une disparité spatiale massive : le Sahara Occidental face au Maroc
Les chiffres révèlent une concentration géographique frappante au sein du système marocain d’attribution des terres publiques : le Sahara Occidental — territoire sur lequel le Maroc ne détient ni mandat international ni souveraineté — concentre l’immense majorité des terres mobilisées.
Ces chiffres soulèvent des questions fondamentales quant à l’objectif et aux priorités géographiques de la politique marocaine d’attribution des terres publiques, compte tenu, en particulier, du statut distinct du Sahara Occidental au regard du droit international. Les références aux « régions » marocaines, dans la suite du texte, reprennent la terminologie marocaine telle qu’elle est utilisée dans les rapports gouvernementaux.
Laâyoune-Sakia El Hamra : énergies renouvelables et expansion minière
Dans la partie nord du Sahara Occidental occupé, des projets d’infrastructure de grande envergure — notamment dans le secteur des énergies renouvelables — absorbent une part importante des terres mobilisées pour des investissements. Cette région s’affirme également comme une localisation majeure pour les attributions de terres liées à l’activité minière.
Dakhla-Oued Eddahab : méga-concessions, exploitation minière et expansion agro-industrielle
Plus au sud, dans la région de Dakhla-Oued Eddahab, l’attribution des terres s’est concentrée sur des concessions de grande envergure et des projets touchant à l’hydrogène vert, à l’exploitation minière, au tourisme et à l’agriculture. Les chiffres révèlent des évolutions significatives des secteurs bénéficiant de ces attributions foncières au cours des trois périodes étudiées.
Droit international et responsabilité des entreprises
Les documents financiers de l’État marocain lui-même révèlent l’ampleur du phénomène : des dizaines de milliers d’hectares sont distribués à des entreprises sur un territoire souverain spolié. Cette politique, menée sur plusieurs années, constitue une violation directe du droit international.
Ces attributions doivent être examinées au regard du statut juridique particulier du Sahara Occidental. Dans son avis consultatif de 1975, la Cour internationale de Justice a conclu que les liens historiques examinés ne constituaient pas une souveraineté territoriale sur le Sahara Occidental pouvant supplanter le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
Par ailleurs, la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) a réaffirmé, dans ses arrêts historiques d’octobre 2024, que le Sahara Occidental est un territoire séparé et distinct du Maroc au regard du droit de l’Union Européenne ; elle a également souligné l’exigence du consentement du peuple sahraoui pour tout accord affectant ce territoire.
Ces conclusions juridiques ont des répercussions importantes pour les entreprises et les consortiums étrangers envisageant des investissements dans le territoire occupé. Les entreprises participant à des transferts de terres, à des baux ou à des projets d’extraction de ressources doivent évaluer si leurs activités sont conformes au droit international et respectent le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
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